L’atelier de Kamakura

Août 2006, Kamakura, Japon.

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Située en bord de mer, non loin de Tokyo dans la région du Shonan, aujourd’hui ville des artistes et des écrivains, berceau du bouddhisme Zen à l’époque des Shoguns, Kamakura fut la capitale du Japon de 1185 à 1333. Plus récemment  et pour moi, pendant des années, un refuge pour le weekend.

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Au centre de cette ville où il fait aujourd’hui si bon se promener, au milieu d’arbres millénaires, à la naissance d’une allée qui mène à la mer, trône le dieu de la guerre. Des massacres et de la guerre les arbres ont tout vu, tout connu, ils connaissent la férocité implacable des hommes lorsque ceux-ci ont résolu de tuer.  C’est paradoxalement à Kamakura, loin de Tokyo, que je venais trouver la paix.

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Après l’expérience d’un premier bol réalisé à Karatsu, je me suis précipitée à Kamakura m’étant rappelée être souvent passée devant un atelier de poterie situé non loin du grand sanctuaire shinto dédié à Hachimangu. Une très vieille maison, des gens qui avaient toujours l’air de travailler tant ils avaient l’air sérieux.

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Déterminée à trouver un atelier ou je pourrais apprendre, cette fois je suis restée le visage contre la vitre cherchant des yeux un point d’ancrage à l’intérieur. Cela a duré un long moment car personne ne semblait jamais regarder dans ma direction. Enfin, du fin fond de la pièce un très vieil homme est venu vers moi et m’a fait signe d’entrer. Il était grand et très maigre, ses bras en parchemin froissé étaient recouverts de larges taches bordeaux et brunes, ses yeux rendus gris par l’age étaient très doux, son visage était souriant.
J’ai fait glisser la porte et j’ai fait un pas en avant, il n’y avait pas la place d’aller plus loin. A l’intérieur, l’espace était occupé par deux grandes tables en bois. En Japonais le vieil homme a interpellé un homme plus jeune, « elle veut apprendre, montre-lui». C’est comme cela que j’ai fait la connaissance du maître et de celui qu’il avait désigné pour guider mes premiers pas vers cette nouvelle voie.
J’ai posé mon sac, on m’a donné un tour, un morceau d’argile et une première leçon. Ensuite on m’a demandé mon nom et d’où je venais. Personne ne parlait bien sur anglais ou français.
Rapidement, j’y passais tous mes weekends. Le maître semblait toujours content de me voir même s’il me posait inlassablement les mêmes questions. Pendant que nous travaillions à nos œuvres il restait assis, avec son épouse, un peu en retrait sur un espace recouvert de tatamis. De temps en temps elle lui servait une tasse de thé et parfois il se levait pour venir d’une main ferme et assurée prendre en main le bol sur lequel j’étais entrain de travailler. Il ne faisait cela pour personne d’autre, mais il faut dire que j’étais la seule débutante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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